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Après une semaine de création

Interview de Clément Martin-Occelli, metteur en scène de #LeJeu

Vous montez le Jeu de l'amour et du hasard, pourquoi avoir décidé de l'appeler Le Jeu plutôt ?

Le jeu. S'il est bien question de la naissance de l'amour et d'une étincelle de hasard, le sujet central de notre mise en scène est le plaisir ludique et l'action qui en découle.

Tous les personnages jouent. Mario et Friant (Orgon) jouent les entremetteurs, Zelda (Sylvia) joue à la secrétaire, Rémi (Dorante) au stagiaire, Arlequin et Lisette se prennent pour leurs supérieurs. On joue avec l'autre, on joue à singer l'autre et parfois on va même jusqu'à jouer que l'on joue. Galin Stoev l'a montré de manière admirable dans sa mise en scène à la comédie française en 2012.

On joue avec l'autre, on joue à singer l'autre et parfois on va même jusqu'à jouer que l'on joue.​

Pour le comédien, le jeu est double (comme l'inconstance). On joue un rôle qui joue un rôle. Il faut parvenir à faire sentir cela au publique pour qu'il n'oublie jamais et comprenne les dilemnes qui habitent Zelda et Rémi tout comme l'opportunisme d'Arlequin et Lisette. Pour le comédien il faut alterner entre jouer que l'on joue et revenir à la sincérité quand l'enjeu devient brûlant ou la surprise trop forte. J'aime cette alternance entre fiction dans la fiction et authenticité toujours dans la fiction. J'aime voir le comédien se battre entre différents degrés de sincérité.

Et puis, je suis convaincu que le jeu est essentiel à la vie. C'est la raison pour laquelle je fais du théâtre. Depuis l'enfance, je suis un grand joueur, jeux de société, de rôle, jeux vidéo, tout y est passé. C'est une grande libération de pouvoir jouer avec les choses même si elles sont sérieuses.

Le réflexe de tous ces personnages qui se lancent dans la mascarade et songent à jouer est d'abord un peu de culpabilité, ce qui souligne la naissance du plaisir ludique : peut on vraiment jouer comme cela ? Avec un sujet a priori si sérieux et déterminant pour l'existence ? Le danger est de vexer l'autre, celui qui n'est pas dans la confidence. Heureusement tous nos personnages sont de très bonne composition.

Quelques mots encore : jouer c'est devenir acteur. C'est trouver un moteur plaisant à son action. Ainsi, Zelda et Rémi ne sont pas passifs ou vaincus face au mariage que leurs pères respectifs leur ont préparé. Jouer est un moyen doux de se frayer un chemin à travers les règles et les conventions.

Jouer est un moyen doux de se frayer un chemin à travers les règles et les conventions.​

Vous avez choisi de quitter l'espace et l'époque de Marivaux pour interpréter la pièce. Où déplacez vous Le Jeu et pourquoi ? Qu'est ce que cela doit activer chez les comédiens selon vous ?

Oui, bien oui, certes. Comment dire ? C'est que c'est loin le XVIII siècle et que je n'adhère pas à l'école dite des classiques qui veut que l'on monte les pièces comme lors de leur création. Je l'admire mais... de loin. Je n'ai pas la formation ou l'envie de faire ça. J'aime que les choses résonnent. Le texte impose de traiter deux éléments : une structure sociale scindée en deux classes séparées par une frontière étanche et le mariage arrangé. Ils se trouvent aussi que je travaille dans un openspace pour une grande entreprise. Avec le temps qui m'est imparti, je fais avec ce que je connais.

Avant les répétitions, je leur demandais souvent d'estimer la distance entre eux et leur rôle.​

Nous sommes donc dans l'entreprise Friant qui fabriquent des vélos d'appartement. Pour que la fracture col blanc-col bleu soit plus fracassante qu'aujourd'hui nous reculons d'une cinquantaine d'années, ce qui, ceci dit en passant, nous permet d'avoir une BO excellente et une esthétique particulière. Pour les comédiens, cela doit faciliter la proximité avec celui qu'il interprète. Avant les répétitions, je leur demandais souvent d'estimer la distance entre eux et leur rôle. C'est ma tâche de metteur en scène de les aider à la réduire, à lutter contre elle.

Au fil d'une semaine de résidence, vous avez vécu des moments forts. Qu'est ce qui vous a le plus marqué en tant que metteur en scène pendant cette période de création ?

C'est la première fois pour moi. Il faut m'imaginer plongé dans un noir total, comme cela se fait dans certains restaurants pour que l'on se concentre exclusivement sur le goût ou comme dans la pièce Mémento Mori de Pascal Rambert. J'ai une lampe de poche, plutôt petite et je suis à l'extérieur, disons par exemple par une nuit sans lune dans une forêt de la terre du milieu de Tolkien. Bien.

 

Chaque mouvement de lampe éclaire quelque-chose de magnifique, coloré et fugace : un palais doré, une biche, un corps nu, des arbres. Je me déplace dans le noir. On dort, on rameute et la nuit suivante, il y a 6 amis avec vous mais vous seul avez une lampe.

C'est la première fois pour moi. Il faut m'imaginer plongé dans un noir total, comme cela se fait dans certains restaurants pour que l'on se concentre exclusivement sur le goût ou comme dans la pièce Mémento Mori de Pascal Rambert. J'ai une lampe de poche, plutôt petite et je suis à l'extérieur, disons par exemple par une nuit sans lune dans une forêt de la terre du milieu de Tolkien. Bien.

Chaque mouvement de lampe éclaire quelque-chose de magnifique, coloré et fugace : un palais doré, une biche, un corps nu, des arbres. Je me déplace dans le noir. On dort, on rameute et la nuit suivante, il y a 6 amis avec vous mais vous seul avez une lampe.

Vous devez guider chacun d'eux vers un des objets magnifiques en éclairant le chemin leurs chemins respectifs un bref instant. Si vous restez trop sur l'un, peut être que tous les autres se perdront.

Vos amis peuvent douter, remettre vos éclairages en question. Ce qui m'a le plus marqué c'est qu'après 5 jours de tâtonnements, il y a un lien imperceptible et solide entre nous. Un lien indispensable : la confiance.

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